Le nouveau virus grippal A/H1N1 apparu au printemps nous fait entrer dans la première pandémie du XXIe siècle. Il semble encore à peine plus virulent qu’une grippe saisonnière, qui n’est toutefois pas un phénomène anodin : la grippe affecte deux à trois millions de personnes et provoque 3000 à 5000 décès en France chaque année. La pandémie pourrait toucher beaucoup plus de personnes et avoir des effets sanitaires, économiques et sociaux majeurs. Alors que l’Organisation mondiale de la santé a porté son niveau d’alerte à sa valeur maximale de 6, il est naturel de s’interroger sur notre degré de préparation.
Si nous avons déjà connu des évènements sanitaires graves, c’est la première fois que nous sommes en mesure d’anticiper une pandémie et donc de nous y préparer. Le secrétariat général de la défense nationale s’y emploie depuis 2004 en raison de ses compétences de planification. Il a élaboré le premier plan dédié à ce phénomène et l’adapte régulièrement avec le concours du délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire et de tous les ministères. Il a organisé quatre exercices interministériels sur ce thème.
Le quatrième plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale », approuvé en février dernier, se révèle bien adapté à la situation actuelle. Hasard du calendrier, il a été testé le 10 mars lors d’un exercice qui a validé l’organisation de gestion de crise préconisée par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale : direction politique et stratégique assurée par le Premier ministre, conduite opérationnelle assurée par le ministre de l’intérieur appuyé par une cellule interministérielle de crise, volet sanitaire piloté par le ministre de la santé avec son centre de crise. L’exercice a facilité l’action de l’État au démarrage de l’épidémie. Le plan a joué son rôle de fil rouge en fournissant une boîte à outils. Certaines mesures planifiées ont bien entendu été adaptées à la situation particulière, car ce sont toujours les événements qui commandent avec leur part d’imprévu : ici, un virus H1N1 moins pathogène que le virus aviaire H5N1 attendu, un démarrage masqué dans une fin de grippe saisonnière en Amérique centrale alors que l’on pensait détecter plus nettement les premiers foyers de transmission interhumaine à partir de malades infectés au contact de volailles contaminées.
La cohérence de la mise en oeuvre du plan, même s’il faut adapter les mesures prédéfinies aux circonstances, tient à la stabilité de la stratégie qui le structure, avec ses trois objectifs fondamentaux - protection de la population, continuité des activités, maintien de la cohésion nationale -, et à sa souplesse par la graduation et la modularité de ses dispositions opérationnelles. La protection de la population est assurée par la combinaison de moyens qui seront déployés en stricte proportion des risques encourus. D’abord des masques : masques filtrants réservés aux personnes fréquemment exposées au virus, masques antiprojections portés par les malades pour protéger leur entourage. Ensuite des médicaments antiviraux. Enfin la vaccination : l’impressionnante mobilisation des chercheurs et des industriels permettra d’avoir un vaccin dès cet hiver, mais seulement progressivement du fait des délais de mise au point, de test, de production et de conditionnement. La surveillance épidémiologique des prochaines semaines servira à optimiser la stratégie de vaccination en fonction des vulnérabilités spécifiques des divers groupes de population.
Même avec ces moyens, l’ensemble des activités économiques, administratives, éducatives, culturelles ou sportives subira des perturbations sensibles. L’enjeu est de les maîtriser, d’assurer la continuité des services essentiels - notamment ceux liés à la prise en charge des malades -, et de reprendre un rythme normal aussi vite que possible après la vague pandémique. Une partie du dispositif de sécurisation des activités d’importance vitale a été conçue dans cet esprit. Les prochaines semaines serviront à l’actualiser et à étendre ses principes à un plus grand nombre de secteurs d’activité : identification des composants névralgiques et des ressources humaines correspondantes, réduction des risques par des dispositions de protection ou d’organisation, préparation de mesures palliatives, information et formation du personnel...
Le maintien de la cohésion nationale est un point clé conditionnant la résilience du pays. Il a été pris en compte depuis plusieurs années à travers une communication publique très documentée, expliquant ce qu’est la pandémie, quelles sont les actions de l’État face à ce risque et quels sont les comportements individuels et les gestes appropriés chez soi, dans son quartier, dans les transports ou sur le lieu de travail. La concrétisation plausible du risque de pandémie va modifier la perception abstraite qui prévalait jusque-là : les relais d’opinion ont un rôle essentiel à jouer pour que les efforts de ces dernières années et ceux des prochains mois portent tous leurs fruits au bénéfice de la collectivité.
A n’en pas douter, les auditeurs de l’IHEDN trouveront là, dans leur milieu professionnel comme dans leur voisinage, de multiples occasions de catalyser les énergies pour mettre en pratique l’« esprit de défense » dont ils sont imprégnés.