Le développement du nucléaire civil représente pour la France un enjeu majeur. Un nombre croissant de pays souhaitent aujourd’hui développer l’usage pacifique du nucléaire, pour des raisons essentiellement stratégiques, économiques et environnementales. Face à la double problématique de l’accroissement du prix des hydrocarbures et de la raréfaction annoncée des ressources énergétiques, le nucléaire civil apparaît en effet comme un moyen de réduire la dépendance énergétique des Etats et de préserver leur accès à l’énergie. Par ailleurs, le recours au nucléaire à des fins pacifiques a des retombées importantes en matière d’emploi et de balance commerciale, notamment par le biais d’exportations dans le domaine nucléaire. Enfin, le nucléaire civil présente des intérêts écologiques indiscutables, en permettant notamment une diminution conséquente des émissions de gaz à effet de serre. Complété par l’utilisation d’énergies alternatives, il permet de lutter efficacement contre le réchauffement climatique, domaine dans lequel les cent soixante douze Etats signataires du protocole de Kyoto se sont fixé des objectifs ambitieux.
Le développement du nucléaire civil présente néanmoins des risques que seule la mise en œuvre d’une régulation rigoureuse, transparente et multilatérale peut juguler. Une utilisation raisonnée de cette énergie très convoitée repose notamment sur le respect de garanties pérennes de sûreté et de sécurité. L’usage pacifique de l’atome doit notamment répondre aux exigences de maîtrise technologique du cycle nucléaire, de protection des installations face à la menace terroriste ou à un éventuel détournement à des fins militaires, et de gestion responsable des déchets nucléaires et du démantèlement des installations. La lutte contre la prolifération demeure le cadre fondateur de cette régulation, formalisée par le Traité de non prolifération et contrôlée par l’Agence internationale de l’énergie atomique.
La France dispose dans le domaine de l’industrie nucléaire d’une expertise reconnue qui lui permet d’afficher des ambitions internationales. Les efforts considérables qu’elle a déployés au cours des cinquante dernières années pour maîtriser l’ensemble du cycle nucléaire lui ont permis de bâtir un outil technologique et industriel performant. Avec cinquante-huit réacteurs répartis sur dix-neuf sites, la France est aujourd’hui dotée du second parc électronucléaire du monde, derrière les Etats-Unis. Environ 80% de sa production d’électricité est d’origine nucléaire. Sa maîtrise de l’ensemble du cycle du combustible, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’au retraitement et au recyclage du combustible, lui confère une position unique pour profiter de la relance de l’énergie nucléaire et recueillir les fruits de ses investissements. En témoigne la signature de plusieurs accords de coopération depuis l’été 2007, notamment avec la Chine, la Libye, l’Algérie, les Emirats arabes unis, et l’Inde. La France propose aujourd’hui aux pays qui ne disposent pas des ressources humaines, juridiques, techniques et financières nécessaires pour la construction et l’exploitation de réacteurs nucléaires, une coopération structurée pour leur permettre de les acquérir, selon des modalités financières adaptées à leurs capacités. Afin de se garantir contre tout risque de prolifération nucléaire, les accords de coopération nucléaire civile conclus par la France contiennent des clauses sur la finalité pacifique de la coopération et sur l’application permanente des contrôles de l’AIEA à toutes les matières nucléaires utilisées dans les programmes développés en coopération avec la France. D’autres initiatives comme la Proliferation Security Initiative (PSI), dispositif coopératif de frein à la prolifération initié par les Etats-Unis, constituent un cadre multilatéral qui a vocation à se développer et dans lequel la France joue un rôle actif.
Face à la forte demande nouvelle d’énergie nucléaire civile, liée à la conjoncture mondiale, économique et politique, la France se doit de développer une action volontariste pour exploiter ses atouts considérables dans ce domaine. Cette évolution démontre, s’il en était besoin, la pertinence des choix de politique énergétique faits par notre pays dans les années soixante.