Pourquoi une politique publique d’intelligence économique ? Pourquoi l’État s’implique-t-il dans une démarche d’intelligence économique ? Il ne s’agit pas de protéger les intérêts économiques de la France par le biais d’un protectionnisme dépassé, mais bien au contraire de donner à toutes les entreprises françaises les moyens de lutter à armes égales avec leurs rivales étrangères dans un monde de plus en plus concurrentiel. L’Etat, à travers ses missions souveraines, doit se préoccuper d’accompagner et de protéger les entreprises françaises. L’intelligence économique participe à cet objectif car sa finalité est triple : la compétitivité du tissu industriel, la sécurité économique des entreprises et le renforcement de l’influence du pays.
Plus de quatre ans après la nomination d’un haut responsable chargé de l’intelligence économique, placé auprès du Secrétaire général de la défense nationale en raison du caractère interministériel de ses missions, une intelligence économique à la française a vu le jour. Le dispositif public d’intelligence économique s’est organisé. Dès 2004 a été créé le groupe permanent de l’intelligence économique, auquel participent tous les ministères, chargé de mettre en œuvre et de coordonner les actions de la politique publique d’intelligence économique. Le groupe a produit un référentiel commun de formation à l’intelligence économique, a défini des secteurs stratégiques en vue de permettre un meilleur accompagnement des petites et moyennes entreprises, a mis en place un réseau territorial d’intelligence économique afin d’assurer une bonne circulation de l’information, et a sensibilisé de nombreuses entreprises et des acteurs publics. Son bilan a été unanimement apprécié à l’été 2007 par le comité directeur de l’intelligence économique présidé par le directeur du cabinet du Premier ministre. Cette même instance a adopté un nouveau plan d’action pour les trois années à venir.
Le plan d’action fixe quatre nouvelles priorités, qui constituent autant d’importants défis à relever : la sécurité économique, l’influence, le soutien des secteurs stratégiques, la recherche. Ces priorités traduisent un changement de nature des actions menées depuis 2004. Si les premiers chantiers ouverts par le haut responsable répondaient principalement au besoin impérieux de sensibilisation à l’intelligence économique et de son organisation au niveau national et territorial, le nouveau plan d’action devait préciser les missions de l’Etat pour lui permettre de remplir pleinement son rôle au service de la compétitivité économique.
Ainsi, des outils propres à renforcer la sécurité économique, et assurant une meilleure protection du patrimoine immatériel de l’entreprise et du secret des affaires, seront mis en place. Une stratégie active d’influence sera développée auprès des instances de normalisation et de réglementation européennes et internationales. Le soutien des secteurs stratégiques sera renforcé en améliorant leur identification, leur suivi et le dispositif de financement des entreprises concernées. Un effort important reste à faire auprès des PME, qui ont rarement les moyens financiers et humains d’effectuer elles-mêmes la veille, l’évaluation du risque et le traitement de l’information, autant d’outils dont l’utilité n’est plus à démontrer. Enfin, il faudra sensibiliser davantage le monde de la recherche, tant au niveau national qu’au niveau européen, aux concepts et aux méthodes de l’intelligence économique.
Le succès de cet ambitieux plan d’action dépend de la mobilisation des acteurs publics. Les ministères concernés ont nommé des responsables chargés de l’intelligence économique, et organisé leurs équipes afin de décliner des actions dans leurs domaines de compétence. Le haut responsable chargé de l’intelligence économique peut ainsi pleinement jouer son rôle d’animation et de coordination interministérielle. C’est à cette condition que la politique publique d’intelligence économique pourra véritablement atteindre les objectifs que le Gouvernement s’est fixés.