Après les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés en détournant des avions, ceux de Madrid en mars 2004, de Londres en juillet 2005 et de Moscou en mars 2010 ont été effectués dans les transports urbains au moyen d’engins explosifs. Les transports collectifs offrent en effet auterrorisme des champs d’action favorables. Les risques de repérage dans la préparation et l’exécution des attaques sont faibles, les voyageurs sont fortement concentrés dans des espaces restreints, le nombre de victimes peut être élevé et les opinions publiques seraient durablement marquées.
Parallèlement, les attentats commis à l’aide de bombes artisanales, rudimentaires et bon marché, que les militaires nomment engins explosifs improvisés, se multiplient depuis quelques années sur les théâtres d’opérations extérieures. Ils constituent la première cause de décès dans les rangs de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan.
Sans préjuger de l’évolution du terrorisme international, le risque d’attentats d’islamistes radicaux par explosifs dans les transports collectifs apparaît parmi les plus crédibles en Europe. La menace ne cesse d’évoluer et on observe une qualité de conception croissante des explosifs. Ainsi, on a vu apparaître en août 2006 des explosifs à fabriquer à l’intérieur même d’un avion parmélange de deux liquides. La tendance va vers une multiplication des produits disponibles, prêts à l’emploi ou faciles à préparer par transformation de matières premières d’accès aisé.
Plusieurs pistes sont explorées aux fins d’empêcher un attentat dans un transport de masse. Des mesures de sécurité sont mises en place pour le stockage, la production et le transport d’explosifs et de détonateurs, l’objectif étant d’empêcher le détournement. Le contrôle s’effectue ainsi dès la source par application d’une réglementation.
Il faut simultanément lutter contre les filières clandestines d’approvisionnement et de fabrication. A cet effet, on étudie systématiquement les explosifs utilisés dans les attentats majeurs récents pour évaluer les risques en fonction de la facilité d’acquisition des produits précurseurs, de la simplicité de fabrication, de l’efficacité de chaque explosif et de l’attirance de certaines mouvances pour certains explosifs. Les informations recueillies sur les théâtres d’opérations extérieures sont extrêmement précieuses à cet égard. L’ingéniosité impressionnante des poseurs de bombes en Afghanistan, au Yémen ou au Pakistan, pour ne citer que ces pays, peut en effet être rapidement importée en Europe.
La détection constitue ensuite un enjeu majeur de prévention. Elle est compliquée par la grande variété des explosifs et par leur masquage éventuel. Elle nécessite de prendre en compte toutes les familles d’explosifs en recherchant des quantités ou des concentrations adaptées au milieu d’emploi potentiel. Dans les transports aériens, les contrôles sont effectués par des appareils de radiographie et par des détecteurs de métaux et de traces d’explosifs. Dans les transports ferroviaires urbains, ces procédés ne peuvent être transposés tels quels, le volume des flux de voyageurs rendant difficile un contrôle systématique et généralisé des bagages et des passagers.
Plusieurs Etats mènent donc des programmes de recherche et des expérimentations et ont entrepris quelques mises enoeuvre opérationnelles. Par exemple, l’Espagne a déployé des systèmes d’enregistrement et de scanners de bagages ainsi que des chiens renifleurs et des détecteurs d’explosifs mobiles dans le métro de Madrid. Les États-Unis utilisent des équipes cynophiles spécialisées dans la détection des bombes, des appareils de détection et des caméras de sécurité dans les transports new-yorkais.
En France, une expérimentation a été menée en janvier et février 2010 dans la station RATP et la gare RER Bibliothèque François Mitterrand, avec le concours de la RATP et de la SNCF. Elle s’inscrit dans un programme national et européen global de sécurisation des gares. S’il est essentiel de disposer de systèmes de détection performants, il est également indispensable de définir des doctrines d’emploi et de former des personnels à l’utilisation des matériels et aux procédures d’intervention. L’expérimentation a donc testé, en situation réelle, un dispositif de détection dematières explosives dans les sacs et les bagages des voyageurs. Elle visait à mesurer l’acceptabilité de ce type de contrôle par les usagers et à évaluer l’effet du déploiement de systèmes de détection sur les flux de voyageurs. Elle a également permis d’améliorer les procédures opérationnelles de sécurité et les équipements existants aux contraintes spécifiques des transports urbains et, dans une perspective de plus long terme, d’orienter la recherche et le développement de technologies de sécurité.
On ne progressera significativement que par un effort de recherche. Des systèmes de détection de plus en plus perfectionnés sont en cours de conception pour aller vers une identification plus précise des molécules, une réduction des délais d’analyse et une miniaturisation des composants. L’objectif est de répondre efficacement non seulement aux objectifs de détection mais aussi aux contraintes techniques et opérationnelles des transports collectifs sans trop perturber les flux de voyageurs.